Une mesure sans un euro de dépense publique, à porter au niveau européen, pour transformer le premier outil de captation d’attention jamais construit en outil d’éducation de masse.
Influence4You, plateforme française de marketing d’influence, adresse ce jour une lettre ouverte aux candidates et candidats à l’élection présidentielle. Elle leur demande de s’engager à porter au niveau européen une obligation simple : qu’au moins 30 % des contenus recommandés par les algorithmes des grandes plateformes — Instagram, TikTok, YouTube — soient des contenus éducatifs ou culturels.
Près de deux heures par jour, et rien pour l’esprit
Les Français passent en moyenne 12 heures et 32 minutes par semaine sur les réseaux sociaux, soit près d’une heure cinquante par jour — davantage encore chez les plus jeunes. Ce temps est aujourd’hui intégralement orienté par des algorithmes conçus pour une seule finalité : maximiser la durée d’exposition afin de la revendre aux annonceurs.
« En 2004, le patron de TF1 assumait publiquement vendre du temps de cerveau humain disponible. Vingt ans plus tard, la même logique s’applique à une échelle que la télévision n’a jamais atteinte, sans qu’aucune contrepartie n’ait jamais été demandée aux plateformes », observe Stéphane Bouillet, fondateur d’Influence4You.
Ne rien retirer, ajouter
La proposition ne repose ni sur l’interdiction, ni sur la censure. Les 30 % de contenus éducatifs et culturels resteraient recommandés selon les centres d’intérêt de chaque utilisateur : à celui qui suit du football, de l’histoire du sport, de la physiologie ou de la géopolitique ; à celle qui suit des créateurs beauté, de la chimie, du design ou de l’histoire de l’art. La personnalisation demeure ; seule change la composition du fil.
« Nous ne demandons pas de priver qui que ce soit de ses réseaux. Nous demandons qu’une fraction de ce temps serve à quelque chose. Comme au judo, il s’agit d’utiliser la force de l’autre à son profit », résume Stéphane Bouillet.
Un effet d’abord social
La mesure bénéficierait en premier lieu à ceux qui disposent du moindre capital culturel. L’enfant dont les parents possèdent une bibliothèque et fréquentent les musées accède déjà au savoir par d’autres canaux ; celui qui n’a que son écran n’y accède plus. Faire entrer la culture dans cet écran revient à porter la connaissance là où l’institution ne l’atteint plus — en prolongement du travail des enseignants, et non plus à contre-courant.
C’est également, selon Influence4You, la réponse la plus durable à la désinformation : une population dont le niveau de connaissance s’élève est plus difficile à manipuler que celle que l’on se contente de protéger par le retrait de contenus.
Ni une utopie, ni une première
La Chine applique déjà un dispositif comparable : sur Douyin, la version domestique de TikTok éditée par la même entreprise, les moins de 14 ans basculent automatiquement dans un mode où l’algorithme pousse sciences, histoire et art, avec un usage plafonné.
Le droit européen, lui, connaît déjà le principe du quota : 40 % de chansons francophones sur les radios françaises depuis 1994, et 30 % d’œuvres européennes dans les catalogues de Netflix ou Disney+ depuis la directive « Services de médias audiovisuels » de 2018. Le chiffre proposé existe donc déjà dans le droit de l’Union — il n’a simplement jamais été étendu aux plateformes qui concentrent aujourd’hui l’essentiel du temps d’écran.
Aucun coût public, une mise en œuvre documentée
Le dispositif ne suppose ni subvention, ni opérateur nouveau, ni ligne budgétaire. Influence4You propose qu’un comité indépendant européen — chercheurs, enseignants, institutions culturelles — établisse un référentiel public de qualification, illustré par un corpus de contenus, servant de référence à des modèles d’intelligence artificielle européens ; la France dispose par exemple avec Mistral AI du savoir-faire nécessaire. Le contrôle reviendrait à l’Arcom et à la Commission européenne, que le règlement sur les services numériques autorise déjà à auditer les systèmes de recommandation.
Un effet économique est également attendu pour les créateurs : en garantissant une demande pour les contenus exigeants, la mesure rendrait viable un travail que l’algorithme pénalise aujourd’hui au profit du contenu à sensation.
L’engagement demandé
Influence4You demande aux candidats de s’engager publiquement à porter au niveau européen, dès le début du mandat, une initiative législative française instaurant ce quota minimal de 30 %.